| SEQUENCE DE 3ème Poésie engagée. Groupe Langues (2005/2006)
Cette séquence fait la lumière entre la notion d’engagement (en lien avec le programme d’histoire) et le genre poétique, en permettant la découverte de plusieurs poèmes d’auteurs polynésiens et la vision que des poètes français des 19ème et 20ème siècles pouvaient se faire de la Polynésie à cette époque. Elle interviendra relativement tard dans l’année alors que l’argumentation a déjà été largement traitée.
Objectifs : -Découvrir des textes inspirés par la Polynésie à des auteurs engagés en grande majorité polynésiens, traduits ou non (certains auteurs écrivent directement en français). -Se faire une idée des prises de position d’auteurs français progressistes à replacer dans leur époque. -Faire prendre conscience des spécificités de la poésie polynésienne engagée mais aussi des constantes universelles de tout texte poétique engagé.
Textes étudiés : -Extrait poétique du roman de Chantal Spitz, L’Ile des rêves écrasés -Poème d’ Henri Hiro L’attache , traduction française (texte original en tahitien Fero à travailler en cours de tahitien). -Poème de Louise Peltzer Une pirogue nommée Ma’ohi. -Poème de Patrick Araia Amaru parus dans « Littérama’ohi »n°2 : Ma langue (To’u reo). -Extrait du poème Le dernier des Maourys de Leconte de l’Isle. -Extrait du roman Les immémoriaux de Victor Ségalen. SEANCE 1
Activité dominante : lecture
Objectif : -Découvrir un texte poétique engagé qui exprime les difficultés du métissage et l’importance du lien à la terre. - Découvrir l’inclusion de poèmes dans un texte romanesque (procédé fréquent en Polynésie, héritage de l’orero qui est mêlé à toutes les circonstances importantes de la vie). Etude d’un texte extrait du roman de Chantal Spitz L’Ile des rêves écrasés. -sens propre, sens figuré. -une ponctuation rare et la polysémie.
L’Orero est un genre littéraire polynésien , d’abord oral, transcrit en français dans bien des œuvres. Il comporte plusieurs sous-genres : -le « paripari fenua » (éloge à la terre) qui fait l’éloge d’un lieu , en évoquant son relief (montagnes, baies, caps) ses qualités mais aussi son origine mythique liée aux légendes. -le « fa’ateniteni : éloge d’un aito ou d’une personne célèbre.
Un papa polynésien, s’adresse au fils nouveau-né Teri’i ( contraction de « te ari’i » : le chef, le roi), dont la mère est européenne.
O Teri’i, mon fils premier né A la peau plus claire que moi Fils de notre amour Fils du monde de ta mère Fils après moi de notre Terre Fils des deux mondes que tu portes en toi Ta force et ta fragilité Fort de deux univers Fragile de deux héritages Semblable à moi et pourtant si différent. Je confie ton pito à la terre qui t’accueille Lien avec elle, lien avec tes Pères, Pour que tu y plantes ton âme Grandissant avec tes racines Racines d’amour nées du soleil Nourries de rêves de bonheur Arrosées de larmes de douleur. O Teri’i mon fils premier né Je te regarde et voici que je vois Naître un nouveau monde Qui vous ressemble, mes fils, Toi et les autres déjà nés. Un monde qu’il faudra inventer Fait du monde de l’étranger Que vous devez apprivoiser, Fait du monde de l’étranger Que vous devez perpétuer. Vous souffrirez beaucoup Partagés entre deux univers Qu’il vous faudra marier Puisse Dieu dans le ciel Vous guider sur le difficile chemin Qui sera le vôtre. O Teri’i mon fils premier- né Puissiez-vous ne jamais oublier L’héritage de vos Pères.
Le caractère poétique du texte est repéré à cause des vers (libres), de l’anaphore et de l’absence quasi totale de ponctuation (commenter la polysémie qui en résulte). Par exemple « ta force et ta fragilité » en antithèse, peuvent ou non se rapporter au vers précédent « deux mondes que tu portes en toi. Il faut remarquer la personnification de la terre, l’emploi de mots comme « racines » au sens propre et au sens figuré. Dans ce texte, Pour le « pito », cordon ombilical de l’enfant qui est enterré, il s’agit d’une très importante tradition, le placenta aussi est souvent enterré dans le sol familial, près de la maison, symbole de l’appartenance réciproque de la terre et du nouvel être humain. Voir le livre de Bruno Saura Entre nature et culture (la mise en terre du placenta en Polnésie française). On dit d’ailleurs qu’on plante un placenta comme on plante un arbre : « tanu ». Il est question ici du métissage (répétition de « deux ») et en même temps de l’attachement à la terre « des Pères » (les ancêtres, « tupuna »). La revendication de l’identité polynésienne passe à travers le lien avec la terre, symbolisé par la mise en terre du placenta. Certains héritages peuvent être contestés si l’adulte n’a pas eu son « p¬ūfenua », placenta enterré dans le sol de sa terre.
Travail entre deux séances :
Lire le texte de Henri Hiro L’attache (Fero) et chercher au brouillon les problématiques semblables et les problématiques différentes du texte précédent. Ce qui fait aussi sa poéticité.
SEANCE 2
Activités dominantes : lecture et langue
L’attache de Henri Hiro
Attache, attache, attache donc ! Attachons –nous donc au plus ferme de nos traditions ! Qu’il soit un lien où s’enrouleront les enfants de demain.
Tatouons, tatouons, tatouons donc ! Tatouons nos entrailles du sceau de notre culture mā’ohi ! Signe de promesse de futur pour les générations à venir.
A toi salut ! Et bienvenue, ô race mā’ohi ! Bienvenue à vous tous, dans l’amour de nos ancêtres ! Nos entrailles se réjouissent en cette rencontre !
Et maintenant, va ! Oui, va, Mais surtout conserve l’attache !
Fero
E fero e, fero e fero e, E fero ana’e na i tāura O te iho tumu! Ei hono vai tāmau no te mau u’i. E nana’o e, nana’o e, nana’o e! E nana’o mānava ana’e na i te Hīro’a tumu mā’ohi, ‘ei te tau faaara no te mau u’i.
Maeva ! Maeva hua i te tāura mā’ohi ! Mānava hua ia ‘outou e to teie naho’a tini, I roto I te arofa tupuna ra! Mānava hua I te fārereiraa!
Haere Haere et ‘ia vai ā rā ! E ‘ia vai ā !
Les procédés d’anaphore, de répétitions sont bien repérés. Alors que dans le premier texte il s’agissait de « porter deux mondes », il s’agit dans le poème d’Henri Hiro de maintenir l’attache avec le monde mā’ohi seulement. Il faut rappeler le contexte, hélas toujours vrai de la menace qui pèse sur la langue et la civilisation (du moins ce qu’il en demeure) polynésiennes dans un contexte de mondialisation et au sortir de la période coloniale. Le mot « nana’o » qui signifie tatouer mais aussi sculpter montre bien la profondeur du lien qui doit s’établir avec la culture des ancêtres. Dans la traduction (ce qui n’est pas le cas dans le texte originel en tahitien, le mot « attache »commence et finit le poème, ce qui décrit cette « boucle ». Un bref travail sur le son[õ] est à faire (pour éviter la confusion [ã] et [õ]. C’est le moment de rappeler l’expression de l’ordre et du souhait en français et en parallèle en tahitien pour les élèves qui en font. Alors qu’en français c’est l’absence de sujet exprimé et certaines terminaisons qui caractérisent l’impératif en tahitien c’est la particule « A » : A hōro’a mai i te mohina (Donne-moi la bouteille) particule « a »+ le verbe « hōro’a » +la particule « mai » (la direction vers) i (préposition)+te (article défini)+ nom « mohina » (bouteille). La particule « na » permet d’adoucir l’ordre est un équivalent de « s’il-te –plaît » : « A hōroa mai na i te mohina ». Ici c’est la particule « e » qui indique souvent le futur, en tout cas un aspect non accompli qui est traduite en français par l’impératif (de m^me qu’en français on peut dire « apportez vos livres/ vous apporterez vos livres si l’ordre est un peu différé.
Travail entre deux séances : préparer au brouillon une rédaction qui explique quel aspect de la civilisation polynésienne vous aimeriez conserver voire développer plus qu’un autre. Vous décrirez cet aspect en utilisant des métaphores (2 minimum ) et une comparaison et donnerez vos arguments. Ces aspects peuvent concerner aussi bien un art que la cuisine, la pêche etc… NB : les élèves popa’a peuvent s’intéresser à un aspect de la civilisation polynésienne.
SEANCE 3
Activité dominante : expression écrite
Objectifs : -décrire une tradition -argumenter pour expliquer son choix. Amélioration en mise au propre du travail en classe.
Travail entre deux séances : préparation à trois d’exposés présentant un art ou un aspect de la culture polynésienne. On donnera une grille d’autoévaluation et des conseils sur la méthodologie de l’exposé (qui a déjà été travaillé en 4ème).
SEANCE 4 (2h)
Activité dominante : oral
Compte-rendu de ces rédactions. 1èr exposé (les autres se feront petit à petit dans les 2 ou 3 semaines à venir).
Distribution du texte de Louise Peltzer Une Pirogue Nommée Ma’ohi.
Travail entre deux séances : notez en vrac au brouillon toutes les réflexions que vous inspire ce texte. Quel thème nouveau est évoqué ? Quelle figure de style ?
SEANCE 5
Activité dominante : lecture.
Objectifs : -découvrir un poème écrit en français qui utilise la rime (sans le vers traditionnel). -découvrir la thématique de la langue. Personnification et métaphore.
Une Pirogue Nommée Ma’ohi
1 Chevauchant crêtes et vagues de l’océan infini, Au soleil couchant, elle apparut la pirogue Ma’ohi Peuplant les îles, les hommes venus du fond des âges S’installèrent partout sur les plages, les côtes sauvages. 5 De la pirogue abandonnée Un peuple était né.
De cet exploit merveilleux, toujours nous garderons la mémoire Dans nos veines coule le sang chargé de notre gloire. Ancêtres prestigieux, vous avez su braver les éléments, 10 Mais que pouvons-nous faire, nous, vos enfants Pour mériter votre estime et continuer l’ouvrage, Nous montrer dignes enfin de votre courage ?
Depuis longtemps déjà je m’interroge, Cherchant, en vain, le message digne d’éloges. 15 Mon regard parcourt et se perd à l’horizon. De cette quête, le silence seul me répond. Mes yeux mouillés implorent mes compagnons. Débris informes, la pirogue est là pantelante.
Je chasse au loin les souvenirs qui me hantent. 20 Parle, je t’en prie, j’ai besoin de savoir Qui je suis, dis-moi où est mon devoir ?
Je t’entends, mon enfant, je suis là et je veille. Ne crains rien, tes paroles sont douces à mes oreilles. Le parler Ma’ohi qui est le tien 25 Sera désormais la pirogue de ton destin. Oublie ta langue et le peuple des piroguiers Ne sera plus qu’une pirogue sans balancier.
Va, j’ai confiance, aurais-je fait l’impossible voyage Si j’avais, un instant, douté de ton courage 30 N’oublie jamais mes paroles, car je le proclame Ainsi seulement, tu pourras garder ton âme.
Les élèves se sont aperçus que le poème est rimé, par contre ils ne savent pas quel vers est employé puisque même si quelques alexandrins se glissent, il n’y a pas de nombre fixe de syllabes. Ils ont repéré que la pirogue parle (personnification). Il convient d’expliquer son message. L’étude des pronoms et de l’énonciation sera utile. On pourra travailler aussi sur le son [ã] et les notions de participe présent et de gérondif. Il serait bon que le professeur de tahitien explique comment traduire ces formes qui n’ont pas d’équivalent direct dans les langues polynésiennes dans lesquelles par contre l’aspect est très valorisé par le jeu des particules. « Le parler Ma’ohi qui est le tien sera la pirogue de ton destin ». La langue polynésienne est donc désignée comme essentiel. Il faut replacer ce texte dans tout le contexte : interdiction de parler les langues polynésiennes, puis retour de ces langues dans l’enseignement avec une application plus ou moins réelle des textes de la Charte de l’éducation, combat d’écrivains comme Henri Hiro, Turo a Raapoto, Louise Peltzer (les deux premiers écrivant en tahitien le plus souvent et ne traduisant pas forcément leurs textes). Création de l’Académie tahitienne puis marquisienne. La langue est donc la métaphore de l’identité. Débat.
Travail entre deux séances : lire le texte Ma langue de Patrick Araia Amaru. Au brouillon déterminer les idées communes entre l’auteur et les autres auteurs étudiés. Exercices sur le gérondif, le participe présent et l’adjectif verbal.
SEANCE 6
Activités dominantes : lecture et langue
Objectifs : -Etudier une traduction française par l’auteur d’un poème écrit en tahitien. -Etudier les images spécifiquement polynésiennes de ce texte et les autres images. -révision des formes en –ant. Correction des exercices. Lecture du poème par l’enseignant.
To’u reo (Ma langue). ( traduction par l’auteur.)
La pirogue double arriva De la nuit des temps Elle avait affronté les tourbillons De la nouvelle société, Elle s’était ébréchée aux vents Du dénigrement, Et elle se tient à présent Dans le lagon de mon âme.
J’embarquai, Mon savoir et ma sagesse Me souriaient. Mes baillons se délièrent Les sentiments enfouis prirent jour. Mon âme s’éclaircit. Une main paternelle était dans la Mienne Je vis mon enfant, Alors le lien se réalisa.
O ma langue Pilier de mon âme, Je te parlerai encore Afin que mon existence se révèle ; L’existence de mon pays, Afin que vivent ma culture Et mon identité, Afin qu’elles ne soient pas englouties Par l’oubli. Patrick Araia Amaru.
To’u reo (le texte en tahitien)
Ua fano mai te vaa tau’ati Mai te po roa mai, Ua faauru oia i te iri po No te faanahoraa api, Ua faafati hia e te matai No te faaino, E ua ti’a mai i teie nei I te tai roto o to’u aau 1.
Ta’uma tura vau i ni’a iho, Te ata noa mai ra To’u ite e to’u paari. Matara atu ra te nati. Tau tea atura te manao mo’e Teaa atura to’u aau 1. E rima metua tei to’u nei rima. Mata atura vau i ta’u tama. Aue,, aue, ua ti’a hia te hono !
E to’u nei reo iti e, Turu o to’u nei varua 2 E reo a vau ia oe, Ia hiti a to’u parau, Te parau o to’u ai’a, Ia ora a to’u hiro’a E to’u iho tumu,
Ia ore e horomi’i hia E te mo’e.
AMARU Araia (p 77 “Littérama’ohi 2)
1 To’u aau : mot à mot mes entrailles, mon cœur si l’on veut ransposer, siège des sentiments 2 To’u varua : mon âme au sens immatériel.
NB: la graphie de la revue a été respectée.
La thématique de la pirogue (double) est bien sûr très importante, ainsi que celle du pays (voir poèmes de Chantal Spitz), celle du lien entre les générations aussi (voir poème d’Henri Hiro). La belle image « le lagon de mon âme » montre bien à quel point la langue maternelle est intime à l’être touche ce qu’il a de plus secret (« lagon » préservé) et de plus spirituel (« âme »). La reprise du mot « âme » dans l’expression « O ma langue pilier de mon âme confirme cette importance de la langue (titre) qui d’ailleurs est liée à l’adjectif possessif « to’u » (que qui fait partie de moi) à la différence de ta’u (ce qui m’appartient mais est dissociable de moi). Il est intéressant de constater en lisant le texte en tahitien que le siège des sentiments « te aau » peut être traduit en français par « âme », ce qui éclaire le lien entre sentiment et spiritualité pour l’auteur. On revoit la métaphore. D’ailleurs dès que les « baillons se délièrent » […] mon âme s’éclaircit ». L’identité est donc liée à la langue. Elle ne peut d’ailleurs se révéler qu’à travers elle ainsi que les sentiments. Un homme qui ne parle pas sa langue n’a donc pas sa vraie identité. Le lien entre les générations est mis à jour par le rapprochement dans le texte entre les deux propositions « Une main paternelle était dans la mienne » et « je vis mon enfant » comme su l’un était à l’origine de l’autre. Pour bien voir ses enfants il faut avoir la main dans celle de ses ancêtres. Le thème de l’oubli est également à développer. Ce poème exprime dans sa dernière partie le but que se fixe le poète. Il sera bon de faire un bref rappel, après avoir relevé l’anaphore de « afin que ». Les élèves verront avec le professeur de tahitien que ce but est rendu par « ‘Ia » (que l’on trouve dans « ‘Ia ora na ») et qui peut exprimer le but ou le souhait. La particule « ‘ia » est d’ailleurs particulièrement polysémique puisqu’elle peut aussi signifier « quand », servir à exprimer un ordre etc…. Ex : ‘Ia tauturu tātou te tahi te tahi : il faut que nous nous entraidions les uns les autres ou entraidons-nous les uns les autres. (‘Ia+ verbe +sujet (nous inclusif) + les uns les autres.) Ua ha’amāramarama maita’i au ia na ‘ia papu maita’i oia : je lui ai bien expliqué pour qu’il comprenne bien. (Le ‘ia suppose souvent que le sujet de la proposition subordonnée n’est pas le même que celui de la proposition principale.) ‘ua » particule de l’aspect accompli +expliquer+ adverbe bien+je (sujet)+à lui + Pour que (« ‘ia »)+ comprenne bien+il (sujet).
Travail entre deux séances : apprendre en récitation un des poèmes (ou une partie des longs poèmes-25 vers minimum).
SEANCE 7
Activité dominante : oral
Objectif : Dire un texte par cœur de façon expressive.
Récitation évaluée avec une fiche pour les élèves : connaissance du texte, liaisons, portée de la voix, ton etc…
Travail entre deux séances : revoir la récitation.
SEANCE 8
Activité dominante : lecture
Objectifs : -Découvrir dans un poème écrit au 19ème siècle une image du « maoury ». -Se faire une idée de la poésie parnassienne.
Le Dernier des Maourys de Leconte de l’Isle (1818-1894).
C’était un soir du monde austral océanique. Ecarlate, à demi baigné des flots dormants, Le soleil flagellait de ses rayonnements Les longues houles d’or de la Mer Pacifique.
[…] Osseux, le front strié de creuses rides noires, Tatoué de la face à ses maigres genoux, Le vieux Chef dilatait ses yeux jaunes sur nous, Assis sur ses jarrets, les paumes aux mâchoires.
Un haillon rouge 1 autour des reins, ses blanches dents De carnassier mordant la largeur de sa bouche, On eût dit une idole inhumaine et farouche Qui rêve et ne peut plus fermer ses yeux ardents. A la rigidité rugueuse de ce torse Labouré de dessins l’un à l’autre enlacés, On sentait que le poids de tant de jours passés L’avait pétrifié 2 sans en rompre la force.
Tel, inerte, il songeait silencieusement. Puis enfin retroussant sa lèvre avec un râle, Il se mit à parler d’une voix gutturale, Apre comme l’écho d’un fauve grondement :
[…] Ecoutez, Blancs ! Ma race était l’antique aïeule Des hommes qu’autrefois, loin du soleil levant, Nos Dieux avaient portés sur les ailes du vent Dans l’Ile solitaire où la foudre errait seule. […]
Etude de la description esthétique (pose et tatouage ) de ce chef ma’ohi (maouhy). Dans ce poème en alexandrins on étudiera la diérèse : « silenci-eusement ». Note 1 : Le « haillon rouge » peut évoquer la ceinture rouge « te maro ‘ura » portée par les rois. Le rouge était dans l’ancienne Polynésie la couleur du sacré au point que l’adjectif « ‘ura » ppeut signifier « pourpre » ou « sacré ». Il faut noter l’a priori favorable de Leconte de l’Isle, très humaniste. On peut, cela dit, faire le lien avec le mythe du « bon sauvage » abordé en 4ème lors de l’étude de la critique sociale.A la fin il dénonce « l’extermination » de ce peuple noble et fier « peuple mort fauché par la faim et le fer ». Cependant malgré tout l’image qu’il se fait du chef est marquée par l’époque coloniale : relevez le champ lexical de l’animalité : « jarret », »paumes aux mâchoires », « dents de carnassier », « fauve grondement ». Le chef, si courageux n’est qu’une « idole inhumaine » ». Il est intéressant de définir le « Parnasse », à situer après le romantisme mais de montrer l’écart de ce poème par rapport à la position officielle des Parnassiens ( esthétisme, goût des descriptions, des couleurs, éloignement de toute expression lyrique) : ce poème n’est pas qu’esthétique , il a sa place dans une séquence sur l’engagement. Revenir sur les éléments du portrait. Note 2 : c ette idée de la pétrification d’un guerrier aux yeux qui brillent (« yeux ardents ») rappelle l’histoire d eMatauira, nommé ensuite « Mataura », le guerrier gardien de l’île de Tubuai.
Travail entre deux séances : Lire le texte de Victor Ségalen. Trouver ses points communs avec celui de Leconte de L’Isle.
SEANCE 9
Objectifs : -Comme dans chaque séquence poésie montrer que la poésie existe dans tous les genres littéraires (poéticité du texte). -Permanence d’un mythe : le vieux sage polynésien qui essaye de transmettre sa sagesse à une génération qui a perdu ses repères sous l’influence de la colonisation. -La phrase nominale. La préfixation.
Extrait du roman Les Immémoriaux Victor Ségalen.
La bouche très vieille souffle comme une conque fendue. Mais le récit a cette puissance que toute douleur s’allège, que toute faiblesse se renforce à dire les mots. Car les mots sont dieux eux-mêmes. A mesure que faiblit le corps du vieil homme, son esprit transilluminé monte plus haut dans les Savoirs Mémoriaux ; plus haut que n’importe quels âges : et ceci qu’il entr’aperçoit, n’est pas dicible à ceux qui ne vont pas mourir. […]
Un silence. On écoute : un crabe de terre, derrière les bambous. L’enfant racle les bols vides. Mais il tend l’oreille. Le maître d’une voix ternie : « Haere-po, n’oublie pas mes dires. Et puisses-tu comme moi, les passer à d’autres hommes, avec ton souffle dernier… » Un silence. On écoute : le récif au large. Le haere-pō ne répond pas. Son haleine est lente. Il dort. -« Tous ! Tous ainsi maintenant ! » Sans colère, le vieillard a fermé la bouche.
Les élèves ont vu le rapport de sens entre les deux textes : un vieux sage ne peut plus transmettre son savoir, une civilisation est mise en péril. Le 1er texte est écrit en alexandrins, le deuxième en prose : on remarque les phrases nominales, les images. La synesthésie : « une voix ternie » est à expliquer. La comparaison « comme une conque » est liée au monde polynésien.. Il est bon de faire l’étude de ce tableau plein de notations auditives, en fait seuls les sons et les mots demeurent dans ce monde crépusculaire, hautement symbolique. La civilisation s’endort comme le monde polynésien. L’apport des préfixes est important: « transilluminé », entr’aperçoit ».
Il est intéressant d’étudier la phrase nominale en tahitien. Quant aux préfixes ils n’existent pas comme tels, ce sont des post- positions , comme en anglais qui changent le sens d’un verbe : « haere mai » venir vers, « haere atu », partir. Il faut donner des explications sur les « haere-pō », récitants qui connaissaient les généalogies et autres textes par cœur dans l’ancienne Polynésie. Explication de la force de la parole « les mots sont des dieux eux-mêmes ». Dans l’ancienne Polynésie certains mots étaient sacrés donc interdits. Expliquer « savoirs mémoriaux » : rôle de la mémoire dans la tradition polynésienne, généalogie, orero etc…La phrase finale « Le vieillard a fermé la bouche. » a une portée hautement symbolique. C’est la fin du savoir ancestral. La poésie est aussi dans ces deux textes au service de la liberté. Les deux écrivains ont été touchés au cœur par ce qu’ils ont perçu de la civilisation polynésienne qui était menacée, même si le regard de Leconte de l’Isle est plus « européano-centré ». On peut considérer cependant, qu’il y a une prise de position par rapport au monde polynésien chez les deux écrivains français..
Travail entre deux séances : relire tous les textes.
SEANCE 10
Activité dominante : oral
Objectif : apprendre à écouter les autres et à s’exprimer soi-même oralement pour défendre une idée.
Débat sur la portée de ces textes.
SEANCE 11
Activité dominante : expression écrite
Evaluation sommative.
Rédaction : écrire un texte à connotation poétique pour défendre la langue de votre choix en évoquant son lien avec vous-même et en employant métaphores, comparaisons, personnification etc…Eventuellement trouvez une personnification forte (comme celle de la pirogue chez Louise Peltzer et Patrick Amaru.
Date de création : 28/06/2007 - 01:14
Dernière modification : 28/06/2007 - 01:14
Catégorie : Séquences de 3ème
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