| Compte-rendu de la réunion avec M. Patrice Soler, inspecteur général de Lettres avec les enseignants de Lettres au lycée hôtelier de Punaauia le mercredi 17/01/2007 (15h15-16h30) par la coordonnatrice du Groupe Langues.
La réunion s’est tenue en présence des professeurs coordonnateurs de français : un professeur coordonnateur par établissement de Tahiti et Moorea et la professeure ressource. M. l’Inspecteur général de Lettres, Patrice Soler, nous a annoncé qu’il allait nous exposer l’avis de l’inspection générale en ce qui concerne l’enseignement du français et du latin en collège et en lycée, nous écouter et répondre à nos questions.
Quelques généralités : Il faut noter les points forts communs sur lesquels il faut mettre l’accent. Nous sommes à un tournant dans l’enseignement des lettres. Un groupe d’experts travaille sur l’élaboration du socle commun et l’aménagement des programmes en fonction des compétences à acquérir. En 2007 -2008 le programme de français en lycée a été modifié et une réécriture des programmes de collège est en cours mais il s’agit surtout d’un état d’esprit : il faut restaurer, rappeler certaines choses. Il faut « faire respirer » la littérature (citation d’un article de Julien Gracq « Pourquoi la littérature respire mal ? »). Tous les IPR signalent au collège une application techniciste et formaliste des programmes. Au lycée le vocabulaire des outils d’analyse est trop envahissant, dans beaucoup de manuels aussi. Il faut rompre avec ces pratiques. Conseil de lecture : revue « Le débat » mai/août 2005 n°) 135. « Comment enseigner la littérature ?»
I) LE COLLEGE
1ère remarque : les objectifs à assigner à la lecture et à l’étude d’œuvres littéraires. On peut casser le goût de la lecture en en détruisant la saveur. Il ne faut pas rejeter la tendance naïve des enfants à s’identifier au héros au départ. Il faut se sentir libre par rapport au texte. Pour citer Roland Barthes dans une leçon au Collège de France : « un peu de savoir, beaucoup de saveur ». Notre discipline est mal perçue et mal identifiée. Il faut donc remonter à l’origine des programmes. Les programmes ont été conçus pour rompre avec la paraphrase impressionniste. Parler « d’outils » devait permettre aux élèves d’entrer dans la discipline mais cette démarche (inspirée par le formalisme russe des années 20 qui est parvenue en France dans les années 70) s’est « ossifiée ». Et le formalisme des manuels n’a plus grand-chose à voir avec le formalisme russe. Nous devons témoigner de notre passion pour la littérature. Les observations et les relevés sont nécessaires mais ne doivent pas envahir l’étude d’un texte. Trop souvent les relevés sont trop longs. La littérature n’apparaît plus comme un mode de connaissance de l’homme et du monde mais comme « un terrain d’entraînement ». Par exemple dans le texte de Rousseau, introducteur des Confessions, certains ne font que compter les « je » pour en déduire le genre littéraire. Les outils doivent être en position d’auxiliaires. Il faut partir du ressenti des élèves et qu’ensuite ils puissent maîtriser leur émoi pour questionner le texte mais la sensibilité ne doit pas être étouffée. Il faut partir des réactions immédiates des élèves pour constituer progressivement des objets d’étude. L’intitulé de la séquence ne doit pas se confondre avec l’objet d’étude. Il est intéressant de personnaliser le titre, par exemple que ce soit une question pour ouvrir l’appétit des élèves.
2ème remarque :
Certains programmes préconisent la littérature de jeunesse, or, la littérature de jeunesse n’est pas une panacée. Le patrimoine littéraire peut être exploité même avec des classes difficiles et ne jamais être mis au second plan. En Polynésie il est important d’étudier aussi la littérature polynésienne de langue française et les textes de grands auteurs qui ont écrit sur la Polynésie ainsi que les récits de voyage.
3ème remarque :
L’écriture : Les élèves n’écrivent pas assez : on les fait surtout écrire en situation d’évaluation sommative. Il n’y a pas assez d’apprentissage de l’écriture. Il faut que des pratiques d’écriture retrouvent une place importante. Que suggérer ? *les élèves écrivent trop peu et souvent en fin de séquence, modifier cela. *Les élèves écrivent sans avoir été suffisamment préparés, il faut leur enseigner l’écriture. Mettre en place des méthodes, des démarches, des contenus. Le retour sur l’écriture est trop souvent ignoré, les matériaux de l’écriture pas assez pris en compte. Ils peuvent trouver des matériaux dans les œuvres en observant les textes. Il faut leur donner du vocabulaire, des explications grammaticales, leur indiquer des procédés stylistiques simples. *On peut envisager des séquences à partir et autour de l’écriture. *On peut pratiquer l’écriture longue avec relecture, enrichissement, éclaircissement.
Il y a un choix à faire : chaque séance en collège et aussi en seconde doit comporter un temps d’écriture, en seconde en particulier. Il faut prévoir des consignes très précises, même drastiques, cohérentes et fréquentes. Il faut réduire la place des questionnaires de compréhension, il ne faut pas y renoncer mais ils ne doivent pas être exhaustifs. Pour les dispositifs de remise à niveau, il peut y avoir des études dirigées mais aussi des gestes quotidiens et humbles : vérifier par exemple que les élèves ont bien copié la synthèse. Dès la classe de 6ème et jusqu’en seconde, si c’est nécessaire, qu’on raccourcisse les textes et les questionnaires pour vérifier si la synthèse est bien copiée.
4ème remarque :
La grammaire :
Il faut que chaque professeur lise le rapport Bentolila. Le décloisonnement n’empêche pas d’enseigner la grammaire si nécessaire : il faut des séances à dominante grammaire. Des séances de grammaire doivent être organisées et il convient de prévoir la construction d’une progression grammaticale. On construit des progressions à travers les textes, les genres, les époques, il doit en être de même pour la construction d’un savoir grammatical.
Il serait d’ailleurs intéressant, par exemple pour la rentrée 2007 que les professeurs s’organisent pour se répartir les compétences, certains maîtrisent des genres littéraires, d’autres des points de grammaire, ils pourraient échanger leurs savoirs respectifs.
En lycée aussi trop peu de place est donnée à la grammaire.
5ème remarque (valable pour le collège et le lycée) :
L’usage du dictionnaire : c’est un acte essentiel de consulter le dictionnaire. Il doit y en avoir un sur le bureau de chaque professeur en classe et il faut en apporter une série pour tous les travaux d’écriture.
6ème remarque :
La valorisation de la culture du pays : il faut permettre aux élèves de mieux connaître leur propre histoire et leur propre culture. On n’enseigne pas le français à Papeete comme à Paris. De même qu’on ne l’enseigne pas à Athènes comme à Berlin (dans les lycées français). Trop de professeurs refont les mêmes cours sans les contextualiser. Si l’on prend l’exemple des textes fondateurs, si l’on parle de la bible, parler de la première bible en tahitien imprimée à Moorea. Les élèves seront motivés pour les études s’ils se retournent vers leurs propres traditions qui sont censées être des traditions orales mais dont on a gardé trace. En Polynésie le Groupe Langues a fait un « travail remarquable » en ce sens, spécialement dans la séquence « Epopées et contes merveilleux » (séquence de 6ème). Il faut utiliser la littérature de ce pays, approfondir ce qui touche à la culture de ce pays, pour ce faire, les professeurs peuvent aller voir les séquences du Groupe Langues sur le site itereva et s’en inspirer.
7ème remarque
L’éducation à l’oral ; Les professeurs sont souvent face à la réserve des élèves : (la tradition en Polynésie que certains aient la parole et d’autres pas peut renforcer cela.) Dès la classe de 6ème il faut développer l’expression orale, refuser les réponses mono verbales (et ce, dans toutes les matières). Voir sur le site du ministère le rapport sur l’oral de M. Boussineau. C’est toujours le professeur qui est en situation de « risque » intellectuel, il faut modifier cela : les élèves doivent formuler, avec l’aide du professeur la synthèse d’un cours. Par exemple les élèves peuvent la préparer par groupes de deux ou trois, puis que l’on fasse un bilan.
II) LE LYCEE
On revient sur l’idée de faire respirer l’enseignement des lettres entre autre par la lecture à haute voix. On peut demander aux élèves de préparer la lecture à haute voix d’une partie d’un texte et faire rendre raison à l’élève du choix de sa lecture. Comme dit Philippe Djian « prendre deux mots et voir comment ils résonnent (« oral » vient d e « os » (oris) : la bouche, en latin). Dans la prose argumentative il ne faut pas oublier l’étude du rythme. Il faut des entrées « sensuelles » dans le texte. Il faut remarquer quelles forces prennent forme dans le texte puisqu’un texte littéraire est toujours « une rupture ».
En seconde il faut s’assurer de la compréhension du texte, quitte à utiliser une lecture linéaire dans un premier temps. Il faut recommander le travail sur le lexique : à chaque séance voir 4 ou 5 mots nouveaux que l’on définit précisément et en revoir l’usage (cela peut prendre la forme d’un carnet de vocabulaire), les mots doivent être réutilisés. Les programmes de 1ère ont été retouchés. Il est intéressant de consulter Comment lire un texte à voix haute de Jean-Luc Vincent (bibliothèque Gallimard + CD) Pour le roman, comme en collège, il ne faut pas refuser l’identification personnelle au héros et la relation personnelle au texte. Lire : Le romanesque (PU Paris 3 et 4) sous la direction de Jean-Michel Jarrey. Il faut croiser les objets d’étude, lire A mots découverts d’Alain Rey (ed. Robert Laffont), et surtout montrer aux élèves que la littérature est nécessaire pour vivre, faire témoigner des écrivains, témoigner soi-même de sa propre émotion devant les textes.
La liaison 3ème/ seconde
C’est une priorité surtout dans le cadre de la volonté politique de la Polynésie d’augmenter le nombre d’élèves en seconde générale. Il faudrait que les professeurs de 3ème et de seconde se rencontrent. On peut faire venir des élèves de seconde en 3ème. Il faut continuer en seconde l’apprentissage de la grammaire et du vocabulaire. Il faut des rencontres PP de 3ème/ PP de seconde, des rencontres de chefs d’établissement, des objectifs communs par discipline.
Les Langues anciennes
Voir le site du ministère en ce qui concerne leur pédagogie. L’enseignement du latin doit permettre un meilleur apprentissage du français.
Lycée professionnel
Ne pas renoncer à l’ambition d’une haute culture littéraire.
Elèves en très grande difficulté
Il faut beaucoup de souplesse dans les structures pédagogiques (ce qui est plus facile en Polynésie, vue l’autonomie du Pays). Les élèves peuvent avoir plus d’heures de français et moins dans d’autres disciplines, surtout en début d’année : il faut un « bain » de français.
Maîtrise de la langue
Il serait bon qu’il y ait une sorte de coordonnateur par pôle littéraire et scientifique qui recueille un vocabulaire commun mis en fiches. A consulter « Les acquis de l’élève, pierre de touche de la valeur de l’école ? » Rapport 2005-079 du 2 juillet 2005 sur le site du ministère 2ème partie : « L’évaluation des acquis des élèves aujourd’hui » Ainsi que : « L’évaluation dans l’espace de la classe. »
Date de création : 21/05/2008 - 21:12
Dernière modification : 21/05/2008 - 21:19
Catégorie : Compte-rendu des préconisations de M. L'Inspecteur général Patrice Soler (17-01-2007)
Page lue 832 fois
Prévisualiser la page
Imprimer la page
|