| Article sur la conférence du professeur François Wioland, 28/09/2005 Groupe Langues, salle Maeva.
Le 28 septembre 2005, le Groupe Langues a pu bénéficier d’une conférence de M. François Wioland, phonologue de renom, spécialiste du FLE, professeur à l’Université de Strasbourg, venu à la demande de M. Le Ministre de l’éducation. Vingt-huit professeurs étaient réunis salle Maeva à la DES avec M. Wioland dont M. Demougeot, l’inspecteur coordonnateur de la Mission pédagogique, a assuré l’accueil. Nous avions quelques semaines auparavant, posé par courriel quelques questions à M Wioland, certaines assez précises sur les difficultés des élèves polynésiens à distinguer entre eux les sons nasalisés qu’ils entendent aussi mal que les Français la glottale en reo mā’ohi puisque ces phonèmes n’existent pas dans « l’autre langue »… M. Wioland ne connaissant pas les langues polynésiennes s’en est tenu à des généralités sur certaines difficultés mais nous a apporté des précisions extrêmement utiles pour l’enseignement du français (nous rappelons que même si beaucoup de professeurs du Groupe langues sont polynésiens et pour certains bivalents en français-reo ma’ohi, le Groupe langues travaille sur l’enseignement du français !) Nous nous en tiendrons dans cet article à des généralités puisque nous ne disposons pas d’un clavier phonétique et nous ne pouvons reproduire que certains signes. Nous ferons aussi quelques réflexions de notre cru sur le parallèle des deux langues. Le professeur Wioland a rappelé que le français n’a pas d’accent lexical, quant à l’accent tonique, l’élocution peut le faire varier (exemple des journalistes de télévision qui insiste sur telle ou telle syllabe du mot ex : c’est merveilleux). On peut cependant bien sûr parler d’accentuation sur la dernière syllabe mais la dernière syllabe du mot phonétique : quand on dit les enfants mangent, phonétiquement l’article et le nom sont indissociables [lezãfã]. Il a redit qu’on parle avant d’écrire, que l’écriture n’est qu’une visualisation de la langue orale, que le français écrit est très historique (il porte la trace de l’étymologie puis de l’évolution des mots). Le « bon » français peut être parfois un écrit oralisé ce qui crée le phénomène qu’il y a beaucoup plus de dyslexiques chez les locuteurs français que dans une langue comme l’espagnol, dans laquelle l’écrit est plus proche de la réalité phonétique (et 4 fois plus de garçons que de filles !). Il est évident qu’en tahitien il y a cette proximité entre la graphie et les phonèmes. Notre analyse est donc de souligner l’importance de la prise de conscience par les élèves de la différence entre alphabet phonétique et alphabet graphique en français. C’est une des difficultés intrinsèques de la langue française, encore pire pour un enfant dont la langue maternelle ne présente pas un écart aussi grand entre la graphie et le son. L’utilisation d’un minimum de connaissances phonétiques est donc encore plus indispensable ici qu’en France, vue la différence des systèmes graphiques des deux langues en présence en Polynésie. M .Wioland a parlé aussi des « aberrations » en français où l’on parle de « h aspiré » alors que quand il est prononcé il est expiré, de « e muet », alors qu’il est très souvent prononcé, de semi-voyelle ou semi -consonne alors que tantôt le phonème joue un rôle de consonne, tantôt un rôle de voyelle selon qu’il est suivi d’une voyelle prononcée ou forme une diphtongue après une consonne et devant une voyelle : dans « oui [wi], [w] est consonne alors qu’il est voyelle dans « nuit » [nwi]. Pour le « e muet », il faut remarquer la similitude de la prononciation de « que » et « queue » et la fréquente élision dans la langue parlée de « e » intermédiaire « sam’di » au lieu de samedi. A noter d’ailleurs les changements de prononciation entraînés par ce type d’élision : on prononce « médecin » si le e est bien prononcé mais en cas d’élision, ce sera plutôt « métsin », . Quand le e muet final est élidé la consonne qui précède est mal prononcée : mère devient « mè(r) » avec un « r » peu distinct. En ce qui concerne l’accentuation c’est donc le mot phonétique qui est accentué sur la dernière syllabe puisque le genre et le nombre, donnés par le déterminant appartiennent au sens, le mot seul n’est pas vraiment compréhensible. La liaison aussi ne comporte pas d’exception. On peut penser à l’utilisation dans une de nos séquences du texte de Georges Courteline Le Gora , avec les jeux de mots sur les liaisons un « nangora », des « zangoras »,un petit « tangora » etc… En théorie il n’y a pas en français, contrairement au tahitien de durée des phonèmes mais en pratique on constate une durée liée à l’intonation et à l’énergie articulatoire : « Garçon, s’il vous plaît, un café. ». Le message pourra être compris à cause du contexte même si le début des mots est mal perçu. Exemple de la dame espagnole qui fait un créneau et dit « Jé mé gare ». Dans le contexte elle est parfaitement comprise. Mais dans d’autres cas l’intonation ou la prononciation peuvent brouiller les cartes : à l’oral tout est original contrairement à l’écrit qui est fixé. Le professeur donne l’exemple d’un de ses étudiants qui lui demandait dans un bar pourquoi le serveur voulait ouvrir la porte en plein hiver. En fait, le professeur avait demandé un café, le serveur avait dit « j’vous l’apporte » en ne prononçant pas le –e de « je » et l’étudiant avait entendu « j’ouvre la porte », vu l’insistance sur les derniers phonèmes…et le fait que l’on aurait pu prononcer « j’ouv’la porte » avec un « r » très estompé et le « e »élidé…Se pose aussi à l’oral le problème des niveaux de langue. Dans une langue familière on élide souvent le –e . Pour bien apprendre aux enfants à parler il faut donc bien prononcer le début du mot phonétique pour qu’ils l’identifient . Exemple « Bonjour ». Le [u] long est bien perceptible mais le début moins. M. Wioland cite l’exemple du concours de l’internat de médecine ou un Africain francophone s’était trompé de sujet car les sons accentués était les mêmes ou proches entre « l’hépatite virale » et « la petite vérole ». Cette confusion ayant coûté sa place au candidat, les sujets furent désormais écrits et non annoncés oralement… En ce qui concerne les voyelles nasales qui nous intéressent beaucoup car elles existent en français mais pas en tahitien, ce qui est source de confusion, le professeur a indiqué qu’elles existent dans peu de langues et que pour travailler, entre autre sur la différence entre [ã] et [õ], il faut le faire quand ils sont en position accentuée en fin de mots. Les autres apprentissage se feront par le sens grammatical : « on » pronom avant un verbe conjugué peut se différencier de « en » devant le participe présent par exemple : « on mange » et « en mangeant ». Evidemment, à l’écrit existe l’ambiguïté entre la graphe « ent » qui se prononce « e » : ils mangent et cette même graphie qui se prononce [ã] : lentement… Pour des apprenants peu expérimentés , le professeur a insisté sur le fait que plus un mot comporte de syllabes plus il est difficile à prononcer… Il a rappelé que la différence de prononciation « é » ou « è »en fin de mot pour les passés simples et les imparfaits était une invention des instituteurs. Elle aide les élèves à distinguer « je marchai » (passé simple) et « je marchais » imparfait. Il est donc important pour les épreuves comportant une dictée , comme le DNB que la dictée soit faite par des « initiés » afin que les élèves soient en situation d’égalité… Il a été également question des consonnes, de leurs affinités de combinaison parfois contredites par l’écrit ex : « pneu » (le [p] et le [n] n’ont pas d’affinité habituellement). Par contre on peut noter la proximité du « j » et du « ch » : « j’suis » au lieu de « je suis » a tendance à se prononcer « chuis », les confusions sont grandes aussi entre « k » et « g » à l’oral. La prononciation évolue et on peut prévoir des disparitions progressives de certaines consonnes ou des confusions (« un » souvent prononcé « in » dans certains mots). Toutes ces réflexions nous ont passionnés et peuvent constituer une aide précieuse dans la prise de conscience de certaines difficultés et confusions possibles pour un élèves dont le français n’est parfois que la langue seconde ou une langue qui interfère avec une des langues polynésiennes dont le système est tellement différent à tous égards.
Date de création : 19/01/2007 - 21:48
Dernière modification : 19/01/2007 - 21:48
Catégorie : Compte-rendus et notes
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