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Entre les deux murs que je viens de vous décrire, il y a des prairies et de beaux arbres avec une grande diversité d'espèces de bêtes : des cerfs blancs, des bêtes dont on tire le musc, des daims, des chevreuils, des écureuils et d'autres animaux, qui peuplent tout cet espace à l'exception des chemins, réservés aux hommes. Sur le côté qui se trouve au nord ouest, il y a un très grand lac avec plusieurs sortes de poissons, que le Grand Khan y a fait mettre, et lorsqu'il désire telle ou telle sorte de poissons, il n'a qu'à les faire pêcher. Un grand fleuve entre dans ce lac et en sort, mais les poissons, eux, ne peuvent en sortir à cause des filets de fer et de cuivre. J'ajoute que vers le nord, à une distance d'une portée d'arbalète, il a fait faire une colline qui a bien cent pas de hauteur et un mille de tour et ce mont est couvert d'arbres qui ne perdent pas leurs feuilles et sont toujours verts. Je peux vous dire que, dès que le Grand Khan apprend qu'il y a un bel arbre, il le fait transporter avec toutes ses racines et la terre où il a poussé et à l'aide d'éléphants on l'amène sur cette colline ; peu importe la grosseur de l'arbre. C'est ainsi qu'on trouve là les plus beaux arbres du monde. Je dois aussi vous dire que le grand roi a fait recouvrir toute cette colline de roche de lapis-lazuli de couleur verte, de sorte que tout est vert, les arbres comme le sol; c'est pourquoi la colline s'appelle le mont vert. Au beau milieu du sommet, il y a un grand et beau palais, lui-même tout vert. L'ensemble de la colline, des arbres et du palais offre un si beau spectacle que tous ceux qui le voient en éprouvent plaisir et joie : c'est pour cette raison que le Grand Khan l'a fait faire, afin d'offrir ce beau spectacle qui procure réconfort et plaisir.
Marco POLO, Le devisement du monde