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Ces quelques lignes non pour rendre, évidemment, la
totalité d’un propos dense et véhément
!
Alan Duff a déclaré d’emblée
qu’il s’attendait à être
questionné sur L’Âme des guerriers,
qu’il allait en effet dire quelques mots de ce roman, mais
qu’il en avait écrit bien d’autres depuis. Ce
livre, mieux accueilli en Allemagne puis en France qu’en
Nouvelle-Zélande, a suscité bien des controverses
dans ce pays dès sa parution, et surtout dès la
sortie du film qui en est l’adaptation. Des critiques, mais
aussi des menaces. L’hostilité avait, nous dit Alan,
deux origines. Elle venait d’abord d’intellectuels
européens qui voulaient, qui veulent, que l’on fasse
retourner les Maori à leurs racines alors
qu’eux-mêmes ne sont nullement disposés
à retourner à leur Moyen Âge.
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Elle émanait ensuite de Maori qui n’aiment pas voir
mis en cause leur mode de vie traditionnel, de Maori « mal
équipés intellectuellement » et qui le
reçoivent mal quand il parle de devoir, par exemple,
abandonner un certain mode de relations entre les hommes et les
femmes. Une hostilité qui ne le gêne pas beaucoup,
nous dit-il, puisqu’il n’est pas homme politique et
ne souhaite pas nécessairement que beaucoup de gens lui
sourient. Alan Duff nous a rappelé qu’il
était écrivain, que c’était un combat
intérieur qui l’intéressait surtout. Revenant
sur l’attitude des leaders traditionnels Maori, il a
souligné qu’ils n’avaient pas donné un
seul dollar quand il avait lancé son projet d’aide
aux enfants en détresse, enfants pauvres Maori ou
Européens, mais qu’ils avaient tenté,
ensuite, de se montrer concernés par l’entreprise.
C’est le genre de personnes qui viennent après la
bataille, a-t-il précisé. Dans l’ensemble,
deux moyens lui paraissent propres à faire sortir les
Maori de Nouvelle-Zélande de leur situation globalement
figée en bas de l’échelle sociale : une
promotion du rôle des femmes, un développement de
l’éducation, notamment par la lecture.
Questionné sur le fait de savoir si cette
infériorisation des femmes était vraiment
caractéristique ou générale, si elle
était aussi la situation des femmes avant le contact avec
les Européens, il a répondu qu’il lui
semblait que oui. Il a alors raconté qu’un jour
qu’il s’était rendu dans sa tribu, sa tribu
qu’il aime, a-t-il ajouté, à une
réunion communautaire, les plus anciens se trouvant
alignés devant lui, il avait suggéré que
l’on fasse venir aussi quelques « anciennes »
pour parler des affaires de tous. La moitié des hommes a
quitté alors la salle. Répondant à
quelqu’un qui lui demandait si tout cela ne venait pas de
la colonisation qui aurait détruit
l’équilibre de la société
traditionnelle, il a dit qu’il était
excédé par ces questions qui revenaient sans cesse
et que la colonisation n’était sans doute pas
l’origine de tous les maux pour les Maori.
A propos de son association, dont la promotion de la lecture est
un axe prioritaire, il nous a dit qu’elle agissait surtout
à travers les écoles où les parents et les
grands-parents étaient invités à venir lire
aux élèves. On propose aussi aux enfants de choisir
un livre sur un catalogue au choix très ouvert. Plus tard
ils reçoivent leur livre avec leur nom gravé sur la
page de garde. Il est très important que les enfants
s’approprient leur livre, c’est ainsi qu’ils
peuvent commencer à s’approprier leurs
problèmes et à pouvoir les résoudre.
Questionné sur les écoles en langue Maori de la
région de Roturoa, dont il avait été
question à Papeete en 1992, il a affirmé
qu’il ne pensait pas qu’elles permettaient aux
enfants qui les fréquentaient de ne pas être loin
derrière ceux des autres écoles. Il a pourtant
ajouté qu’il ne souhaitait pas débattre de ce
sujet, n’ayant pas face à lui de responsables de ces
écoles. Mais il a précisé qu’il ne lui
paraissait pas possible de se targuer de résultats
qu’on n’avait pas effectivement obtenus.
Bien qu’il ait souligné à plusieurs reprises
qu’il était écrivain, que
l’écriture était son métier et ce qui
l’intéressait, Alan Duff ne s’est pas
étendu sur ce sujet, sentant probablement qu’il
était surtout interrogé sur sa fonction sociale.
Jeune, il a eu, a-t-il rapporté, quelques
difficultés avec la police. Puis il a
réalisé que ce type d’ennuis ne
l’intéressait pas et qu’il avait un autre
talent. Il est apparu aussi que la langue anglaise, qu’il
avait toujours parlée, ne lui posait pas de
problème d’identité. Alors que
quelqu’un lui faisait remarquer que bien des
problèmes qu’il évoquait se rencontraient
dans le Pacifique et lui demandait s’il se
considérait comme un écrivain du Pacifique, Alan
Duff a répondu qu’il avait reçu une lettre
d’un de ses lecteurs russes qui lui disait avoir reconnu
son père dans l’un de ses personnages.
Revenant sur la situation des Maori, il a déclaré
finalement que ce qu’il refusait, c’était que
l’on décide que les gens devaient suivre tel ou tel
chemin, en fonction de leur origine ou de leur
appartenance.
L’entretien avec Alan Duff a donc eu cette vertu
vivifiante qui ne manque pas de saisir une assemblée quand
un homme d’expérience et de talent ne lui
délivre pas tout à fait le message qu’elle
pense devoir attendre ou entendre.
Jean-Guy Cintas 17 mai 2002, OTAC, Papeete.

Dernier roman d'Alan Duff :
Les âmes brisées.
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L'Âme des Guerriers :
premier roman d'Alan Duff.
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Les romans d'Alan Duff sont publiés en
français par Actes Sud. |
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