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Autres textes de Poilus


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1 ~ La chanson de Craonne, anonyme, 1917
paroles recueillies par Paul Vaillant-Couturier.

   

Quand au bout de huit jours, le repos terminé,
On va rejoindre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personne ne veut plus marcher.
Et le cœur bien gros comme dans un sanglot
On dit adieu aux civelots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là-haut en baissant la tête.

Refrain 1. Adieu la vie, adieu l'amour, adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours de cette guerre infâme.
C'est à Craonne , sur le plateau, qu'on doit laisser sa peau :
Car nous sommes tous condamnés,
Nous sommes les sacrifiés.

Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la relève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance :
C'est un officier de chasseurs à pied qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.

( Refrain 1 )

C'est malheureux de voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire.
Si pour eux la vie est rose
Pour nous, c'est pas la même chose.
Au lieu de se cacher tous ces embusqués
Feraient mieux de monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autres les pauvres purotins.
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendre les biens de ces messieurs-là.

Refrain 2 :Ceux qui ont le pognon , ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce sera votre tour, messieurs les gros,
De monter sur le plateau :
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau.

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2 ~ Lettres de soldats
(Le malaise des soldats en 1917 : le " front " et l' " arrière " Ces extraits de lettres de soldats français proviennent des archives du contrôle postal aux armées chargé d'établir des rapports sur l'état d'esprit et le moral des combattants.)

   

Que dire dans une lettre ? La censure veille. Elle a raison, non seulement parce qu'il faut craindre les indiscrétions, mais encore parce que tout ce que les combattants peuvent conclure ou prévoir est sans valeur. Il y a bien les anecdotes. Mais ces anecdotes sont d'un héroïsme et d'une cruauté bien monotones. Il faudrait les choisir. On ne parle pas de ce qui est misérable, ou sinistre, parce qu'on craindrait d'engendrer le pessimisme. J'hésite à raconter nos courages et nos endurances. C'est avec des histoires de ce genre sans contrepartie qu'on a fait croire à certains civils que les poilus de Verdun souffraient avec le sourire et mouraient avec reconnaissance. J'aime mieux croire que, notre rôle n'est pas de raconter. On est là pour se résigner, tenir, se battre, se taire. On verra après à mettre de l'ordre dans nos impressions et à conclure s'il le faut...

                          Sous-officier, 276e R.I., IIe armée, mars 1917.

Il y a deux France à présent, l'une en guerre, l'autre en paix.

                          Soldat, 2e armée, 21 mai 1917.

Nous risquons de ne pas nous comprendre si tu parles "arrière" et moi "front". Les sacrifices de tout ordre, de toute nature, sont une loi que le poilu voudrait voir partager en deçà des lignes à la manière du front
Carte de sucre ? "C'est donc qu'il y a du sucre" dit le poilu.
—Taxes sur entrée au cinéma ? " C'est donc qu'ils vont au théâtre, les gars ! "
—Charbon rare, bois hors de prix " C'est donc qui (sic) se tiennent les pieds au chaud ! "
—Et le pain rassis, quelle risée sur le front où l'on réquisitionne... les sacs à pain.

                          Soldat, 31e régiment d' artillerie coloniale

Lettre à sa femme,25 mars 1917.

Ici il circule des rumeurs graves, il paraîtrait que les civils commenceraient à ne plus tenir... J'admets très bien qu'ils soient astreints à de dures privations, je sais les souffrances qu'ils endurent, nous soldats nous avons le devoir de respecter tout leur héroïsme. Et quand pour mon déjeuner, je tranche une belle tartine de pain blanc, je ne puis m'empêcher de songer aux vieillards qui eux doivent se contenter de l'horrible pain kaka mais qui, animés du plus pur patriotisme et du sentiment de sacrifice et d'abnégation, lancent encore quand même leur fameux cri de guerre : " Courage, on les aura ! "
Il faudrait que tous les ouvriers de culture ne fassent plus rien et aussi ceux qui tournent les obus, c'est le petit ouvrier qui doit commencer à ne plus rien vouloir faire pour l'armée, autant de blés de semés, autant d'hommes resteront sur le front à se faire trouer la peau. C'est là la prospérité des accapareurs qu'il faut faire la guerre pour avoir la paix.

                          Soldat, 102e régiment d'artillerie lourde, IIe armée, 26 mai 1917.

Nous avons espéré un instant que les grèves ouvrières auraient pris les proportions que nous attendions mais les ouvriers se sont contentés d'une petite augmentation de salaire, et les voilà tous remis au travail : le massacre continuera.

                          Soldat, 26 mai 1917. Archives de la Défense nationale, cité par J.-N. Jeanneney, "Les archives du contrôle postal aux Armées ", Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1968.

Lettre aux parents

Chers Parents,
Je croyais de recevoir de vos nouvelles hier ; je pense que vous m'avez fait réponse, mais je n'ai encore rien reçu et je suis inquiet. je vous annonce que nous partons ce soir à 4 heures. je vous écrirai le plus souvent qu'il me sera possible, vous ne pourrez pas savoir où je suis, car les lettres ne doivent pas porter le nom de l'endroit d'où on les expédie et elles sont visitées par des officiers avant d'être expédiées, craignant que, pouvant tomber aux mains de l'ennemi, elles pourraient lui fournir des renseignements sur notre situation. Mais vous autres, vous pourrez m'écrire tant que vous voudrez et me donner des nouvelles de mon cher frère, qui lui aussi, je j'espère a bon courage. Vous mettrez toujours cette adresse :
Alphonse Parrain, 16'Artie, 3' Bie.

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3 ~ Extrait d'un journal des tranchées " Le Chabi " (1916)
   

Le Front est un endroit interdit aux gens dont les nerfs sont fragiles, en particulier à ceux qui sont prédisposés à la maladie nommée " trouillite aiguë ".
Le séjour au front ne manque pourtant point d'agréments
1. Vous pouvez chasser sans craindre qu'un gendarme vienne vous demander votre permis au moment où vous mettez votre gibier à l'œil.
2. Eau à tous les étages, gaz au choix (asphyxiants, lacrymogènes, puants, etc.)
3. Liberté absolue de jouer des tours à son voisin d'en face. Vous pouvez par exemple briser ses clôtures, démolir sa cagna1 et même, s'il rouspète, lui casser les reins.
4 . Fête tous les jours salves d'artillerie, de mousquetterie et de mitrailleuses. ? Buffet saucisses2 , bombes non glacées.
Fête de nuit : feu d'artifice et feux de Bengale, depuis la chute du jour jusqu'au lever du soleil. De temps à autre, bal masqué très original3.
5. Au front, il n'y a pas de belles-mères.

Rat Courcit.

(1) Abri (maison par dérision). (2) Ballon utilisé pour l'observation. (3) Masque à gaz. d'un soldat

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