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La main coupée, Blaise Cendrars


       

«Et les autres, tous les autres, que pouvaient-ils bien écrire à longueur de journée, qu'ils allaient bientôt venir en permission ? (...) On voyait les hommes s'égailler dans les tranchées à la recherche d'un petit coin confortable et s'isoler pour pondre, et se mettre à gratter, non pas à cause des poux qui les dévoraient, mais pour attraper une idée ou un mot entre le pouce et l'index. parfois un homme laissait tout de même son stylo pour se mettre très sérieusement à la chasse aux poux. On le voyait alors se déshabiller, inspecter les coutures de son pantalon ou les plis de son ventre et on entendait pousser des jurons de colère quand il écrasait une colonie de poux et de larves dans l'ourlet de son pantalon et des cris de triomphe quand il réussissait à s'arracher un morpion de la peau ou du ventre. Il reprenait alors sa lettre en surveillant son linge intime. Qu'est-ce qu'un pauvre bougre pouvait bien écrire à sa femme ou à sa dulcinée dans de pareilles conditions sinon de la poésie ? »

  Blaise Cendrars, La Main coupée, Denoël, 1946.  

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