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Elle flânait depuis cinq
bonnes minutes devant le rayon des shetlands. Tout à coup,
ses doigts jaillissent, s'enroulent, un petit pull est entièrement
aspiré dans le creux de sa main, puis sa main
avalée par son sac, lequel déglutit, et recrache
une main vide.
Je l'ai vue. Mais de l'autre côté du comptoir, Cazeneuve, le flic
approprié, l'a vue aussi. Heureusement, je suis plus
près d'elle que lui. Pendant qu'il sort ses crocs en
faisant le tour du rayon, je franchis, moi, les deux pas qui me
séparent d ma belle voleuse. Je plonge ma main dans le sac
en la forçant à se retourner vers moi, et je retire
le pull que je plaque sur ses épaules comme si je le lui
essayais. [...]
Non seulement elle a le réflexe de ne pas protester, mais
elle s'exclame d'une belle voix rauque :
— Il me va bien, non ? Qu'est-ce que tu en penses ?
Pris de court, je réponds n'importe quoi.
—Très bien avec tes yeux, tante Julia, mais pas avec
tes cheveux.
En fait, je ne vois que ses yeux. Deux amandes pailletées
d'or, bordées de cils qui me chatouillent presque le nez.
Derrière ces
merveilles, deux autres yeux me fusillent. Ce sont les
sabords de Cazeneuve. Je jette négligemment le pull sur le
comptoir, en choisis un autre que je tends devant la fille, en
reculant la tête, avec un air connaisseur. Revenu à
lui, Cazeneuve intervient. Il n'y va pas par quatre
chemins.
—Arrête ton cirque , Malaussène, j'ai
très bien vu cette fille faucher le premier pull.
—" Cette fille " ? c'est une façon de parler
à la clientèle, Cazeneuve ?Un bon garçon
comme toi ?
Je dis cela sur le ton rêveur de quelqu'un qui pense
à autre chose. C'est que le second pull [...] sied
à ravir à ma gentille lionne.
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