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Lucien leva les yeux et vit une grande maison,
moins mesquine que celles devant lesquelles le régiment
avait passé jusque-là ; au milieu d'un grand mur
blanc, il y avait une persienne peinte en vert perroquet. " Quel
choix de couleurs voyantes ont ces marauds de provinciaux ! "
Lucien se complaisait dans cette idée peu polie lorsqu'il
vit la persienne vert perroquet 'entrouvrir un peu :
c'était une jeune femme blonde qui avait des cheveux
magnifiques et l'air dédaigneux : elle venait voir
défiler le régiment. Toutes les idées
tristes de Lucien s'envolèrent à l'aspect de cette
jolie figure ; son âme en fut ranimée. Les murs
écorchés et sales des maisons de Nancy, la boue
noire, l'esprit envieux et jaloux de ses camarades, les duels
nécessaires, le méchant pavé sur lequel
glissait la rosse qu'on lui avait donnée, peut-être
exprès, tout disparut. Un embarras sous une voute, au bout
de la rue, avait forcé le régiment à
s'arrêter. La jeune femme ferma sa croisée et
regarda, à demi cachée par le rideau de mousseline
brodée de sa fenêtre. Elle pouvait avoir vingt
quatre ou vingt cinq ans. Lucien trouva dans ses yeux une
expression singulière ; était-ce de l'ironie, de la
haine, ou tout simplement de la jeunesse et une certaine
disposition à s'amuser de tout ? Le second escadron dont
Lucien faisait partie, se remit en mouvement tout à coup ;
Lucien, les yeux fixés sur la fenêtre vert
perroquet, donna un coup d'éperon à son cheval qui
glissa, tomba et le jeta par terre. Se relever, appliquer un
grand coup de fourreau de son sabre à la rosse, sauter en
selle fut, à la vérité, l'affaire d'un
instant ; mais l'éclat de rire fut général
et bruyant. Lucien remarque que la dame aux cheveux d'un blond
cendré souriait encore, que déjà il
était remonté. Les officiers du régiment
riaient, mais exprès, comme un membre du centre, à
la Chambre des députés, quand on fait aux ministres
quelque reproche fondé.
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