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Lambeaux, Charles Juliet |
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La passion du rugby |
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Les cours d’instruction militaire, la discipline à laquelle vous êtes soumis, l’existence que vous menez visent à vous façonner, à imprimer en vous un certain état d’esprit. Quelque chose en toi que tu ne saurais nommer t’impose de te préserver, de rester lucide, de ne pas te laisser influencer par ce qu’on vous inculque. Souvent tu te fermes, te retires au plus reculé de toi-même, là où nul ne peut t’atteindre, faire pression sur toi, te manipuler, et avec mauvaise conscience, honte, tu t’avoues en secret que tu as l’âme d’un rebelle. Te surveiller. Te réprimer. Finir par ne plus exister que comme à côté de toi-même. Un toi-même où s’installe une gêne, une sorte de malaise ténu dont tu as une vague conscience et qui ira d’ailleurs s’accusant au long des futures lentes années. Le malaise de n’être que rarement à l’unisson, de te sentir coupé des autres, de t’éprouver différent D’où une mélancolie profonde. Qui plaque son voile de morne désolation sur tout ce qui t’environne, tout ce qui t’advient. Mais tu ne veux pas te laisser sombrer. Ta passion pour le rugby a supplanté ta passion pour la boxe. Tu es le capitaine d’une équipe qui ne remporte que des victoires, ce qui vous vaut à l’intérieur de l’école une indéniable considération. Quand le colonel t’aperçoit dans la cour, il arrive qu’il t’appelle pour te féliciter et te prodiguer ses encouragements. Pendant les matches, tu te livres à fond, oublies tout, et lorsque vous êtes de retour au vestiaire, tu es à ce point vidé que tu dois t’accorder quelques minutes de récupération avant d’être à même de délacer tes chaussures. Ces moments où tu t’entraînes, où tu joues, les seuls où tu adhères à toi-mêrne. Les seuls où tu échappes à ce qui te tourmente. Les seuls qui aient le pouvoir de t’arracher au temps. En dehors de ces moments, tu traînes ta mélancolie. Te surveiller. Te réprimer. Constamment tu es en porte à faux. Alors tu te détournes de ton quotidien, et tu attends. Une attente douloureuse, qui mobilise tout ce que tu es, te maintient dans une perpétuelle tension. Ce que tu attends, tu ne saurais rien en dire. Tu attends que ta vie change. Que cette avidité de vivre qui maintenant te possède trouve à s’assouvir. Que cet enfant perdu qui t’accompagne de ses sanglots soit enfin consolé.
Charles Juliet, Lambeaux (p 120,121) |
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